Chroniques - Rédigé par Maître Kaïo le Lundi, mai 19, 2008 18:52 - 4 Commentaires

[Portraits croisés] Le Père Et Lui..

Lui

J’pourrais passer des heures assis derrière cette fenêtre quand les beaux jours reviennent. Le ciel, si bleu… et les rayons du soleil qui se faufilent malicieusement entre chaque brin d’herbe. Parterre d’émeraude qui rend la nature si précieuse. Je regarde les heures défiler, nuage après nuage… et les frémissements du grand chêne sous la caresse de la brise. Perfection virginale d’une nature qui renaît. Et son sourire qui me revient en mémoire.

Elle était si belle le jour où l’on s’est rencontrés. Sa robe légère qui flottait au vent et ses cheveux blonds rayonnants de lumière. Douce image d’une pureté infinie qui me revenait en mémoire à chaque fois que je fermais les yeux. Je ne pensais plus qu’à elle… le jour… la nuit… Et puis on s’est revus. D’abord quelques fois au gré du hasard et puis par un formidable concours de circonstance, je suis devenu son professeur de piano.

J’revois ses mimiques adorables lorsqu’elle se concentrait et la douceur de ses mains quand je les effleurais.

Entre elle et moi, pas besoin de mots : c’était comme une évidence. De tout mon être, je l’aimais. Je lui aurais tout donné si elle me l’avait demandé. J’aurais quitté ma femme, abandonné mon boulot et tout plaqué pour partir là où personne n’aurait pu nous juger. Parce que les autres ne peuvent pas comprendre. A croire qu’ils ne savent pas aimer. Moi non plus je ne savais pas avant. Et puis il y a eu Elle.

Elle… ses rires innocents, ses grands yeux interrogateurs quand j’ai caressé sa joue et le tremblement de ses lèvres quand je l’ai embrassée. Son silence n’était qu’offrande et mon désir n’en était que plus grand. Je l’ai aimée comme personne ne l’avait aimée. Caresse après caresse j’ai recueilli la pureté qui émanait de sa peau. Ce que j’ai fait, je l’ai fait pour elle, je l’ai fait pour Nous. Parce que je suis sur qu’au plus profond d’elle-même, elle m’aimait elle aussi.

Et puis il y a eu les autres. Ceux qui sont venus se mêler de ce qui ne les regardait pas. Il y a eu les calomnies, les salissures et le manque d’elle… pour toujours. Ils nous ont séparé et ils ont tout sali. Ils ont même réussi à lui bourrer le crâne avec tout un tas de mots dégoutants. Ils ont rendu laid et triste ce qui n’avait été qu’amour et ils m’ont condamné à la solitude d’un monde sans elle.

Il ne me reste d’elle que le souvenir de ces jours où je me sentais vivant. Aujourd’hui, plus que d’habitude je pense à elle. C’est son anniversaire. Alors, je ferme les yeux, abandonnant la perfection de la nature que j’entrevois entre les barreaux et je l’imagine… Elle… Son sourire gourmand devant la tarte aux fraises, son dessert préféré. Ses yeux qui s’allument devant les cadeaux de ceux qui l’aiment. Et son souffle qui vient éteindre avec grâce les neuf bougies plantées sur son gâteau d’anniversaire.

Le Père
Posé sur ce gâteaux, c’est le regard d’un ange, le regard de mon ange à la robe tachée. 9 ans. Et déjà tant souffert. Mon sang, ma raison d’être, et ce sourire forcé est un poignard en mon ventre. Sa mère , mort-vivante, errant de dépressions en dépressions, accentuant sa culpabilité, d’être la responsable des larmes de sa maman… 9 ans et déjà tant de choses à supporter… Sa vie, nos vie, plus jamais comme avant.

Mais quelle pulsion? Quelle frustration? Pour en arriver là… L’Homme est un monstre comme les autres. Le déséquilibre mental, si il peut expliquer, n’excuse rien. A croire que l’innocence de ma fille ne vaut que 10 ans de prison. 10 ans de prison quand ce qu’elle a subit sera son fardeau pour la vie.

Je lui en veux à mort, et c’est un euphémisme. Je connais aujourd’hui le goût de la haine, dans toute sa pureté, cette pureté qu’il lui a arrachée. La haine dans toute sa cruauté, en réponse à la sienne, ce n’est plus le dégoût ressenti devant un fait divers dont on ne s’imagine pas un jour être l’un des acteurs. Quand ça vous tombe dessus, il ne vous reste plus que ça, haïr. Et cet envie de vengeance que je n’aurais jamais cru ressentir.

Tout mon amour aujourd’hui semble obsolète devant les yeux tristes de ma princesse qui ne semblent pas encore comprendre totalement… mais qui mesurent, par instinct, la gravité de ce qui s’est passé.

Comment ne nous sommes nous rendus compte de rien? Quand nous la déposions pour ses cours de musique, l’offrant en pâture à ce salop.

Allez souffle tes bougies, il te reste la vie, je suis prêt à offrir la mienne pour que tu puisses grandir comme les autres. Utopie. On ne reviendra pas en arrière.

Adieu la tranquillité, un jour il sortira, je ne serais plus jamais en paix. Je t’aime tant, comme tous les autres allons fêter tes neufs ans, comme si…



4 Commentaires

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Jonathan R
mai 20, 2008 14:29

J’ai du le relire une deuxième fois pour être sur de bien comprendre, c’est superbement écrit. Faut pas être un peu psycho pour réussir à se mettre dans la peau d’autres alors que c’est deja pas si évident de trouver sa voie. Bravo !

Maître Kaïo
mai 20, 2008 21:26

Merci bcp ;)

Isa
mai 24, 2008 20:38

très bien écrit, j’ai eu un peu de mal à percuter de quoi il s’agissait au début quand même…
bravo à vous deux!!

John
mai 26, 2008 21:53

Clap clap.

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